UNION FEDERALE DES CONSOMMATEURS
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COMMUNIQUE DE PRESSE
L'UFC-Que Choisir dénonce
l'étiquetage des produits de protection solaire
- 18 juin 2002 -
En France, l'incidence du cancer de la peau double tous les dix à douze ans. Sur les 80.000 nouveaux cas de cancers cutanés qui apparaissent chaque année en France, 6.000 à 8.000 sont des mélanomes. Un peu plus de 1.000 décès leur sont imputables chaque année. Dans les 30 prochaines années, ces cancers pourraient représenter une des premières causes de mortalité par cancer chez les moins de 40 ans.
Les surexpositions solaires, particulièrement pendant l'enfance, entraînent une augmentation des risques de cancer de la peau et de cataracte. De plus, l'exposition aux UV diminue l'efficacité du système immunitaire et accélère le vieillissement de la peau. Une étude de 1995 montre que l'incidence des cancers cutanés est paradoxalement plus importante chez les gros utilisateurs de crèmes solaires, qui n'ont pas conscience du danger et surestiment la protection apportée par ces produits.
Face à l'enjeu de santé publique représenté, les consommateurs disposent d'une information incomplète et se mettent en danger à cause de l'impression fallacieuse de sécurité qui ressort du discours des fabricants des produits dits de protection solaire.
I. L'UFC-Que Choisir conteste......La validité des mentions
Les fabricants apposent de nouvelles mentions (protection extrême, protection intense, très haute protection, haute protection, écran, …) et des terminologies afférentes à l'indice de protection différentes d'une marque à une autre (IP, SPF, IPS, UVA/UVB, …).
La crème SPF 19 de la marque SHISEIDO porte la mention "écran total". Elle laisse pourtant passer 16.5% des UVB. La crème IPS 25 de marque LIERAC affiche la mention "protection totale" alors qu'elle laisse passer 12.5% des UVB.
Or, aucun produit solaire ne peut prétendre assurer une protection absolue contre les rayonnements solaires, puisque même un produit d'indice très fort (60) ne filtre que 98% des UVB. L'usage de crème solaire doit donc faire partie d'un arsenal préventif plus complet :
- la non-exposition au soleil entre 11h et 16h, et la limitation de la durée de l'exposition (pas plus de deux heures de suite),
- la réapplication régulière de crème, notamment si la peau est mouillée (baignade, transpiration) et après frottement avec une serviette,
- le port de vêtements couvrants et de chapeaux, notamment pour les enfants (les nourrissons ne doivent en aucun cas être exposés au soleil),
- l'adaptation de l'exposition solaire au type de peau de chacun.
Ce type de mention fait croire aux consommateurs que l'application de ces crèmes leur assure une protection contre tous les types de rayonnements solaires.
Or, les crèmes solaires, notamment celles qui affichent un indice de protection élevé, protègent assez efficacement contre les UVB, responsables des coups de soleil (érythèmes) et des cancers spinocellulaires, tandis que la protection contre les UVA est beaucoup plus aléatoire. Le consommateur ne peut d'ailleurs pas se fier au marquage des produits, puisque l'IP indiqué ne concerne que les UVB. Il n'existe pas de méthode unique pour tester l'efficacité des produits en matière de protection contre les UVA. Pourtant, la dangerosité de ces rayonnements est réelle (vieillissement précoce de la peau, allergies, mais aussi cancers basocellulaires et mélanomes, en lien avec l'exposition aux UVB).
...La validité des IP
Rappelons qu'ils n'indiquent que le niveau de protection contre les rayonnements UVB.
D'autre part, il existe un écart important entre la protection qui ressort des tests en laboratoire et le niveau de protection atteint en situation réelle. Les consommateurs ne sont pas conscients de cette différence et sont induits en erreur par des mentions largement surévaluées.
En effet, les fabricants ont mis au point une norme pour évaluer selon les mêmes critères le niveau de protection de ces produits contre les rayonnements UVB. Il s'agit de la méthode Colipa : l'indice de protection est calculé par le rapport entre la dose érythémale minimale (DEM) avec produit solaire et la DEM en peau non-protégée, in vivo, mais en conditions artificielles. Ainsi, pour une peau non-protégée qui présente des signes d'érythème au bout de 5 minutes d'exposition aux UVB, un indice de protection 15 suppose une protection 15 fois supérieure à cette durée, c'est-à-dire une protection de 75 minutes.
Cependant, ces calculs sont effectués sur la base d'une application de crème de 2 mg/cm2, alors que la couche appliquée en condition réelle ne dépasse pas 0,6 mg/cm2. Ces indices sont donc d'emblée à diviser par 3 ou 4.
En outre, les conditions artificielles ne tiennent pas compte de tous les facteurs qui agissent sur l'efficacité de la crème en situation réelle, tels que l'action de la sueur et de l'eau de baignade, le frottement des vêtements, de la serviette et du sable, l'application parfois incomplète. Surtout, ces chiffres sont des moyennes qui recouvrent des réalités très variables d'un type de peau à un autre : les peaux très claires ne supportent que 5 minutes de soleil sans protection, alors que les peaux mates peuvent supporter une demi-heure sans risque.
...L'absence de méthode standardisée et normalisée pour mesurer la protection contre les UVA
Si protection contre les UVB est mesurée par la méthode Colipa, aucune méthode standardisée n'existe en France pour mesurer la protection anti-UVA (une norme existe en Australie et en Nouvelle-Zélande), ce qui n'empêche pas un certain nombre de produits d'afficher un indice spécifique, variable d'une marque à l'autre. La protection peut être correcte, mais le consommateur ne peut pas comparer les produits, et ne sait pas à quoi correspondent ces indices.
II. L'UFC-Que Choisir agitL'UFC-Que Choisir attaque : nous avons assigné Liérac et Shiseido devant le TGI de Paris pour publicité fausse ou de nature à induire en erreur. L'audience est prévue le 28 juin 2002. L'UFC-Que Choisir saisit l'Agence de sécurité sanitaire des produits de santé et alerte les pouvoirs publics : c'est à un groupe de travail dont nous demandons la création au sein de l'AFSSAPS d'étudier les pistes de réflexion suivantes :
- harmonisation des mentions pour permettre au consommateur de faire son choix en connaissance de cause.
- normalisation de la méthode Colipa, qui mesure la protection contre les UVB.
- mise au point, standardisation et normalisation d'une méthode de mesure de la protection contre les UVA.
- grande campagne institutionnelle d'information et de sensibilisation des consommateurs.
II. L'UFC-Que Choisir propose
Les mentions floues et le système actuel des indices qui surévaluent la protection apportée devraient être revus au profit d'un étiquetage sous forme de "grille" ou de "posologie" qui permette à chaque consommateur de faire un choix éclairé et d'interpréter le risque auquel il s'expose en croisant plusieurs critères :
- environnementaux : degré d'ensoleillement (index UV) du lieu d'exposition et conditions climatiques (mer, montagne, réverbération, altitude...)
- comportementaux : choix de la texture du produit (les gels, laits et surtout les sprays protègent moins que les crèmes), de l'horaire d'exposition, de la durée d'exposition, du but recherché (surtout bronzage, ou surtout protection).
- physiologiques : types de peau.